Henri V, comte de Chambord. Chapitre 2. « Madame, votre fils est mon roi ! » 1830-1832.

«La nuit était calme et pure, la lune à demi- voilée et le silence n’était encore troublé que par les pas de 2 régiments de cavalerie qui défilaient sur le pont de la ville, après lesquels défila sur le même pont, l’artillerie de la garde, mèche allumée. Cette marche guerrière et silencieuse, le bruit sourd des canons, l’aspect noir des caissons, l’éclat de ces torches au milieu des ténèbres présentaient l’image, hélas ! Trop véritable, du convoi de la monarchie ». C’est ainsi que le duc de Noailles raconte dans ses mémoires, le bref passage que fit le roi Charles X dans son château de Maintenon. Une étape parmi tant d’autres sur le chemin d’un exil qui devait se terminer un jour à Nova Gorica.

 

Ce 4 août 1830, Charles X a les traits tirés. Il a confié la Lieutenance-générale au duc Louis-Philippe d’Orléans et se demande si son cousin à la « tête sur les épaules » pour assurer le devenir de sa monarchie dont son petit-fils, Henri d’Artois, est désormais le légataire. Après une nuit au château de Noailles, le prince décide de congédier les régiments et de ne garder auprès de lui que quelques gardes du corps, chargés de l’escorter vers le port de Cherbourg. Marie-Thérèse d’Angoulême, à la fois sa nièce et sa bru, tente de faire bonne figure malgré la tristesse qui se dessine sur son visage. La duchesse de Berry, comme à l’accoutumée, créée la stupeur en se présentant accoutrée en homme, pistolets à la ceinture tel un chouan de 1793. La désillusion sera d’ailleurs totale pour Marie-Caroline de Bourbon-Sicile qui croyait que son beau-père avait décidé de rejoindre le marquis de La Rochejacquelein, dans une Vendée encore acquise à la monarchie de la Restauration. Henri d’Artois s’amuse de voir sa mère ainsi vêtue et lui sourit en montant dans cette voiture qui va le mener vers Dreux, déjà pavoisée de drapeaux tricolores. On crie autant « vive le roi ! » qu’ « à bas Charles X ! ». Le gouvernement d’ailleurs s’interroge sur les raisons qui poussent le souverain déchu à retarder son départ. Le 7 août, Charles X apprend, contrit, que son cousin est finalement monté sur le trône sans se préoccuper des droits légitimes d’Henri V. La duchesse de Berry ne cache pas sa colère et vocifère à qui veut l’entendre que ce cadet a usurpé le trône de son fils. Le 12 suivant, c’est l’ancien préfet de Saint-Lô qui reçoit somptueusement celui qu’il considère encore comme le seul roi de France.

 

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Ajouté le 03/11/2016 par Frédéric de Natal -